Les conseils de lecture par la librairie La Contée

Je voulais vivre, conseil de lecture de la Librairie La Contée

Librairie La Contée, 14 rue Jeanne d’Arc

Je voulais vivre d’Adélaïde de Clermont-Tonnerre Grasset (prix Renaudot 2025)

Ancienne élève de l’Ecole Normale Supérieure, Adélaïde de Clermont-Tonnerre commence sa carrière dans le secteur de la banque et des finances avant de se réorienter vers le journalisme dans la presse et à la télévision.

Elle a déjà écrit plusieurs livres, tous récompensés (2010 : Fourrure, 2016 : Le Dernier des nôtres, 2021 : Les jours heureux).

Je voulais vivre s’ouvre sur l’une des dernières scènes du chef d’œuvre de cape et d’épée d’Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires.

Nous assistons à la mise à mort de Milady mais cette fois, on se mettra de son côté à elle. L’autrice réinvente l’histoire de l’une des « méchantes » les plus emblématiques de la littérature. Elle va lui donner corps et voix afin que l’on comprenne le personnage inventé par Dumas.

L’enfant, la jeune fille et la femme sont mises sur le devant de la scène pour enfin connaître les souffrances endurées par cette malaimée. Et les quelques moments partagés avec un D’Artagnan vieillissant et plein de regrets viennent appuyer la narration de la vie de Milady. 

Adelaïde de Clermont-Tonnerre a une écriture lumineuse, vive, romanesque. On est tout de suite happé par le roman, on ne le lâche plus même si l’on connaît l’issue fatale. On est désormais solidaire d’une Milady résolument féministe.

Le visage de la nuit, conseil de lecture de la Librairie La Contée

Librairie La Contée, 14 rue Jeanne d’Arc

Le visage de la nuit – Cécile Coulon – L’iconoclaste

Cécile Coulon est née en 1990 dans le Puy-de-Dôme.  Elle est romancière, nouvelliste et poétesse. Elle écrit son 1er roman à 16 ans, son 8e livre « Trois saisons d’orage » obtient le prix des libraires en 2017 et en 2018, elle reçoit le prix Guillaume-Apollinaire et le prix de la révélation de la poésie de la société des gens de lettres pour le recueil de poèmes « Les Ronces ».

« Le visage de la nuit » est le deuxième roman de l’autrice qui se passe dans le mystérieux village du Fond du Puits.

Un jeune garçon a survécu à une grave fièvre mais en ressort défiguré. Sa mère n’est plus là et son père sombre dans la folie à la vue de son fils et fuit.

Alors, le prêtre du village va prendre l’enfant sous son aile pour lui éviter la méchanceté des hommes. Aidé d’une ancienne institutrice aveugle, il va faire grandir l’enfant à l’abri des regards. Entre la bienveillance de ses deux protecteurs et l’amour de la nature qu’il cultive lors de sorties nocturnes, le garçon va devenir un adolescent intelligent et sensible.

Une nuit, il va croiser une singulière jeune fille dont la famille a fui la ville pour protéger le petit frère si merveilleusement beau que s’en est une malédiction.

Que va-t-il advenir de ses deux jeunes gens isolés de la société ?

Nous sommes dans un conte sombre qui questionne la notion de monstruosité et celle de la différence. Cécile Coulon a une écriture à la fois poétique et charnelle, organique et parfois violente mais toujours belle.

Librairie La Contée, 14 rue Jeanne d’Arc

Mon refuge et mon orage – Arundhati Roy – Gallimard

Arundhati Roy nait en 1961 dans un état du Nord-Est de l’Inde. Avec sa mère et son petit frère, elle part vivre au sud de l’Inde, au Kerala, dans une ville conservatrice.

« Mon refuge et mon orage » sont les mémoires de l’écrivaine mais aussi un hommage à sa mère, personnage complexe, aussi maltraitante avec ses enfants qu’importante pour la communauté.

Tout au long du récit, on va découvrir l’enfance d’Arundhati, sa famille maternelle complètement dysfonctionnelle, son père dont elle perdra la trace pendant presque deux décennies mais dont elle s’occupera avec son frère jusqu’à sa mort et les liens si difficiles avec sa mère.

Arundhati deviendra architecte, rencontrera des amis qu’elle conservera toute sa vie, mais vivra aussi une vie étudiante d’errance et de précarité. Actrice et scénariste pour son mari, c’est l’écriture qui restera sa planche de salut. Elle nous raconte le succès de son premier roman « Le Dieu des Petits Riens » (Booker Prize en 1997) qui l’a met à l’abri financièrement, elle et tous ceux qu’elle aime. Mais c’est aussi l’écriture qui lui permettra de mener de grands combats. Elle nous fait effectivement découvrir l’Histoire de l’Inde de l’intérieur. Face à une Inde puissance nucléaire aux mains de l’extrême-droite, elle prendra des risques à de multiples reprises. Elle écrit de nombreux essais dénonçant ce qu’elle ne peut supporter dans son pays. Entière et sincère, elle refusera encore et encore d’être une privilégiée. Elle ira sur le terrain pour défendre ses convictions tout en continuant son chemin littéraire.

Au travers un texte plein d’humour pour raconter une jeunesse âpre, violente et une vie de bohême, Arundhati Roy réussit à nous expliquer (et à s’expliquer) pourquoi elle n’a jamais cessé d’aimer sa mère et pourquoi elle n’a jamais réussi à se fixer. Ce texte est magnifique, drôle et impertinent.

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